Projet Resistaction – Les dimensions critique et politique de l’éducation relative à l’environnement en contexte de conflit socio-écologique et leur apport à l’émergence d’alternatives

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Visionner les enregistrements du Cycle de séminaires Resistaction-FORJE : Conflits socio-écologiques, extractivisme et transition énergétique : apprentissages, luttes et perspectives | Avril à juin 2021

EXPANSION DE L’INDUSTRIE EXTRACTIVE – MULTIPLICATION DES CONFLITS
Ce projet de recherche collaborative s’intéresse aux dimensions critique et politique de l’éducation relative à l’environnement dans les mouvances sociales contemporaines qui font face à l’expansion croissante de l’extractivisme, plus particulièrement, au sein des conflits socio-écologiques que celui-ci génère. Il s’intéresse aux processus de dynamisation sociale qui se mettent en marche pour affronter les nouveaux scénarios complexes à risque, menaçant la qualité de vie des communautés. Les impacts à court, moyen et long terme des développements industriels extractifs (miniers, pétroliers, gaziers, hydroélectriques, nucléaires, thermoélectriques, forestiers) sont appréhendés avec inquiétude et colère. Malgré le discours de l’industrie extractive de contribution au développement local et au progrès, la réalité montre que ce type de développement, particulièrement, le secteur minier et énergétique, se trouve parmi les activités les plus polluantes et dévastatrices.

À la contamination des couches superficielles d’eau et des nappes phréatiques, à l’épuisement de l’eau, à la pollution de l’air et des sols, à la destruction des paysages, entre autres impacts sur les écosystèmes, s’ajoute un ravage social souvent irréversible (des conflits, des ruptures, des divisions, des aliénations, une délocalisation territoriale, une érosion culturelle, des maladies physiques et psychosociales). Les problèmes d’iniquité sociale et écologique se creusent. Les communautés autochtones et rurales sont généralement les principales affectées par cette situation; les droits ancestraux stipulés dans la Convention 169 de l’OIT et dans la Déclaration universelle des droits autochtones (2007) sont souvent violés. Aussi, la violence, la répression policière, la criminalisation et la militarisation sont dans beaucoup de cas utilisées pour tenter de freiner le mécontentement et la mobilisation citoyenne que ces déploiements industriels provoquent. Malartic, Québec

Photo: CODEF

Mais les communautés à contre-courant d’une puissante machine politico-économique, s’organisent pour se soutenir, pour tenter de répondre collectivement à l’inquiétude, à l’alarme, à l’incertitude, à la colère, au besoin de solutions. Elles cherchent à faire valoir leurs droits comme interlocuteurs légitimes à considérer pour la prise de décisions concernant leurs territoires. Des réseaux d’action collective s’articulent et se mobilisent. Des nouvelles stratégies prennent forme pour s’informer, se former, s’exprimer, manifester et défendre les territoires. Un chantier d’apprentissage collectif, d’ordre écosocial se déploie à travers une appropriation collective des réalités, au croisement des regards, des savoirs et des expériences. Se construit ainsi, dans la résistance et la résilience, un processus complexe de dialogue de savoirs et de co-apprentissage ancré dans les territoires et en parallèle, une prise de conscience collective des droits et des responsabilités écosociales. À travers cette trajectoire, émerge une intelligence territoriale citoyenne. 

Malartic, Québec. Photo : Auteur inconnu.

TERRAIN DE RECHERCHE
Cette recherche se penche sur deux réalités culturelles contrastées : celles du Québec et du Chili, qui se caractérisent par un processus similaire d’expansion accélérée de l’industrie extractive -amplifiée par la tendance de transition énergétique – face auquel on constate une amplification des protestations et des résistances sociales. Dans les deux cas, on constate une multiplication importante de conflits écosociaux. Au Québec, où le boom minier et énergétique classe cette région parmi les lieux privilégiés d’investissement dans le monde; la loi minière désuète et la politique économique en vigueur encouragent l’exploitation des ressources naturelles, ouvrant la porte à l’a colonisation industrielle de territoires vierges et de lieux patrimoniaux, entre autres. Un processus dynamique de mobilisation sociale contre cette tendance s’est mis progressivement en marche dans les régions affectées, prenant une ampleur sans précédents. Les préoccupations environnementales ont mobilisé massivement la population, s’associant également, de plus en plus aux questions territoriales autochtones non résolues. Au Chili, berceau du modèle néolibéral, le système de marché favorisant l’appropriation des ressources naturelles par les entreprises a été institutionnalisé en 1980 par la Constitution chilienne conçue par le régime de dictature militaire d’Auguste Pinochet (1973-1990) et consolidé par les gouvernements postérieurs de « démocratie pactée ». Malgré les indices macro.économiques, des iniquités profondes se sont creusées. La contestation sociale s’est accrue et a éclatée massivement à travers tout le pays en octobre 2019. La forte répression et violation systématique des droits humains qui s’est en suivie a creusé la crise-sociopolitique qui secoue le pays. Un processus de changement constitutionnel s’est mis en marche. Les préoccupations et revendications environnementales face au modèle extractif exacerbé sont mises de l’avant dans ce processus, de pair aux questions de justice sociale et de reconnaissance du caractère plurinational du pays et des droits autochtones.

Mine La Escondida, Chili. Photo: BHP Billiton Group/via Bloomberg News

OBJECTIFS
Cette recherche se penche sur les processus novateurs de co-apprentissage et sur les perspectives de formation à l’écocitoyenneté qui se forgent dans ces contextes de conflit socio-écologique, autour des préoccupations de protection de l’environnement, de la qualité de vie des communautés et des territoires, s’intéressant également à la construction d’alternatives écosociales qui se forgent au sein des mouvements sociaux de protestation.

De plus, cette recherche se propose de contribuer au développement d’un regard critique sur l’apprentissage collectif construit dans l’action engagée de protestation sociale, de résistance et de défense des territoires et de l’environnement et à la valorisation du processus émancipateur et de maturation politique engendré dans ce contexte. Elle se propose également de contribuer à la valorisation du potentiel de ces mouvances dans l’identification de principes et alternatives socio-écologiques permettant d’ouvrir des nouveaux horizons utopiques.

Sommet des peuples 2019, Chili. Photo: Iván Rojas.

Dans le cadre de ce projet, il est également prévu de bâtir un répertoire des cas de conflits associés à l’extractivisme dans les deux régions mentionnées, de produire une cartographie des conflits et de fiches descriptives de chaque cas. Aussi, une base de données spécialisée est bâtie tout au long de la recherche. Ces productions seront mises en ligne dans le site web de Resistaction.

MÉTHODOLOGIE
Guidé par une perspective interprétative et critique de recherche et les approches collaborative et ethnographique, le processus de collecte de données est mis en œuvre à travers un processus de dialogue actif, de discussion et de réflexion avec les acteurs et actrices de ces mouvements, via des entrevues, des rencontres de discussion et par l’observation participante au sein des diverses initiatives déployées par les mouvements écosociaux face à la tendance extractiviste.

Manifestation d’opposition à l’exploitation du gaz de schiste au Québec. 
Photo : Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques au Québec.