Appel à contribution dans un numéro thématique de la revue Éducations

La revue Éducations vous invite à participer au numéro spécial : Crise écologique : citoyennetés en lutte et éducation de la revue Educations, sous la direction de Marco Barroca-Paccard et Stéphanie Demers.
Pour prendre en compte la situation actuelle, la date limite de soumission des propositions a été repoussée au 31 juillet 2020.

Si votre situation le permet, l’équipe souhaiterait que vous les informiez avant la fin du mois de mai si vous pensez proposer un article dans la revue. Vous pouvez les contacter par courriel.

Appel à articles

La citoyenneté des enfants et des adolescents d’âge scolaire a surtout été abordée par la recherche sous l’angle de l’éducation à la citoyenneté. L’inclusion formelle de cette « éducation à » dans les programmes scolaires a favorisé l’éclosion de recherches portant autant sur les cadres normatifs d’une telle éducation que sur sa didactique et ses effets.

Le domaine des sciences humaines, plus particulièrement celui de l’histoire et de la géographie a depuis longtemps porté ce mandat implicite de formation citoyenne, fréquemment définie par l’acquisition de connaissances et de valeurs sous-jacentes à la participation aux institutions démocratiques souvent présentées comme la fin de l’histoire. La conception dominante de la citoyenneté telle que véhiculée par l’école est ainsi ancrée dans les institutions existantes, qu’elles soient culturelles, identitaires, civiques ou politiques, ainsi que dans la connaissance de leur fonctionnement et de leur rôle. En ce sens, est citoyen celui qui entre en relation avec ces institutions en se conformant à leurs injonctions comme devoirs, en y agissant « rationnellement » dans la poursuite de ses intérêts subjectifs, c’est-à-dire en assurant une adéquation entre son choix de moyens et les fins qu’il poursuit. La citoyenneté ainsi conçue serait un moyen au service d’une fin subjective. La question des finalités, des valeurs ou des idéaux apparait souvent mis au second plan au profit des intérêts des personnes. Or, dans un contexte d’interdépendance des personnes et des espèces qui partagent les mêmes espaces de vie, les intérêts subjectifs se conçoivent aussi comme des intérêts collectifs et environnementaux qui exigent plus qu’une relation individuelle aux institutions. Une manifestation éloquente de l’importance de penser la citoyenneté dans ses dimensions collectives et écologiques trouve dans les actions militantes politiques de millions de jeunes mobilisés par l’urgence environnementale.

Si l’éducation à une citoyenneté individuelle traduit une conception de l’être humain et du monde qui n’est pas si éloignée de la rationalité instrumentale déconstruite par Horkheimer, notamment, et selon laquelle le rapport au monde des individus est régi par une évaluation «raisonnable», calculatrice, des moyens et des fins dans un intérêt séparé de celui des autres, de l’adéquation des premiers aux exigences des secondes, les fins sont rarement interrogées ou remises en question, tant elles seraient hégémoniques et auto-explicatives, équivalentes entre elles. Elles échapperaient conséquemment à l’évaluation éthique et objective, ainsi qu’à la prise en compte des situations émergentes et des autres êtres vivants.

De son côté, l’éducation à l’environnement, dans son virage vers le développement durable, a largement mis de l’avant la notion de citoyen participatif, alimentée par les injonctions des organisations supranationales (comme l’ONU et l’UNESCO, entre autres). Ces dernières inciteraient les citoyens à considérer les actions individuelles et locales comme la base d’un engagement écologiste, tout en privilégiant également une éducation à la compréhension commune et à la solidarité. La sensibilité écologique semble devenue dans la société quelque chose de partagé par tous les mouvements politiques et sociaux, ce qui a contribué à refroidir cette question «chaude», à diluer la remise en question du modèle productiviste et extractiviste qui la sous-tend. Bien que la dimension praxique de l’éducation à l’environnement et au développement durable comporte des potentialités d’action, une conception individualiste de l’écocitoyenneté peut masquer (i) les forces structurales, économiques et politiques qui agissent de façon prépondérante dans la détérioration de l’environnement et (ii) l’impératif d’une action citoyenne écologique collective et militante, voire cosmopolite.

Dans le même temps, des actions de protestation et de mobilisation politiques et citoyennes se développent chez les jeunes. Le mouvement de grève des vendredis pour le climat, lancé en 2018 par une élève de secondaire, Greta Thunberg, symbolise cette dynamique plus politique de la mobilisation des jeunes. L’émergence de cette écocitoyenneté plus engagée au sein des systèmes scolaires n’est pas sans provoquer des tensions. En effet, les systèmes scolaires limitent souvent fortement les formes que celle-ci pourrait prendre, comme l’ont démontré les réactions de certaines autorités dans le cadre de ces grèves d’élèves.

Face aux limites institutionnelles de l’éducation à la citoyenneté, à l’environnement et au développement durable, il nous semble juste d’interroger la place que prennent l’action collective et militante, la dimension économico-politique, l’examen critique et la prise en compte de son rapport au monde par l’élève dans ces éducations à. Ce numéro spécial de la revue Éducations interroge donc la place des dimensions plus politiques de l’écologie dans l’éducation à l’environnement, ainsi que la place de l’écologie dans l’éducation à la citoyenneté. Il s’articulera autour de trois axes:

  • Analyse critique des relations entre éducation à l’environnement, au développement durable et à la citoyenneté.
  • Expériences citoyennes écologistes chez les jeunes dans et hors de l’école (Militantisme écologique, Mouvement Vegan, Manifestations pour le climat…).
  • Enseignement de sciences citoyennes en intégrant les dimensions critiques et politiques des sciences.

Les chercheurs·euses des domaines de l’éducation à la citoyenneté, à l’environnement et au développement durable sont invités à soumettre des travaux de nature empirique ou théorique en lien avec les enjeux soulevés plus haut.

Date limite de dépôt des propositions : fin juillet 2020
Propositions de 30 000 à 70 000 signes, espaces compris.
Les consignes de mise en page sont disponibles en ligne.

Consulter l’appel d’articles en version PDF.